PRESENTATION
DE L’EGLISE ABBATIALE DE ST-GUILHEM.
SAINT GUILHEM ! Ce nom
évoque tout d'abord un personnage qui a donné son nom au
monastère de Gellone
et au village qui s'est constitué sous sa protection. Guilhem,
traduction en
langue d'oc de Guillaume, était un petit-fils de Charles Martel,
un des preux
de Charlemagne. Duc d'Aquitaine et Comte de Toulouse, comme son
grand-père il
lutta vaillamment contre les Sarrazins d'Espagne, ce qui lui valut plus
tard de
devenir le héros de tout un cycle de chansons de geste, sous le
nom célèbre de
Guillaume d'Orange.
Chrétien à la foi
sincère et agissante, il contribua de ses deniers à la
fondation du monastère
de Gellone dans lequel il voulut achever sa vie. Ayant pris l'habit
monastique
le 29 juin 806, il mourait le 28 mai 812 en odeur de sainteté.
Dotée
par son
fondateur d'une précieuse relique de la Croix du Sauveur, don de
l'empereur
Charlemagne, riche de la possession des restes de celui qui, illustre
dans le
monde, vécut comme un saint dans le cloître, la cellule
monastique des débuts
ne tarda pas à prospérer et à attirer la foule des
pèlerins. Lorsque se
développa le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle
avec ses divers itinéraires,
l'abbaye de Gellone devint une étape indiquée sur
« la voie
toulousaine ».
L'afflux des
pèlerins
et des offrandes amena les moines, à partir du milieu du XIe
siècle à rebâtir
leur monastère sur de plus vastes proportions et selon les
nouvelles techniques
de l'art roman à ses débuts ; de cette époque date
l'admirable église
abbatiale.
La vie de l'abbaye a
subi, comme partout, les contre-coups des grands
événements nationaux, jusqu'à
sa lente agonie au XVIIIe siècle et sa suppression en 1 790 avec
la Révolution
française.
De nos jours,
Saint-Guilhem, c'est l'admirable monument que le visiteur, parvenu sur
la place
du village, découvre : la façade ouest de l'abbaye, avec
le porche de l'église
(1) et le réfectoire des moines (2).
On entre dans l'église
par un narthex (3) édifié dans la deuxième partie
du XIIe siècle. Deux portes
se font face : la porte extérieure abritée sous un porche
roman conçu à la
manière d'un arc de triomphe antique, la porte intérieure
plus simple à
l'entrée de la construction du XIe siècle. Au XVe
siècle le narthex a été
surmonté d'une tour massive, véritable donjon
destiné à la défense de l'abbaye
en ce temps de passage des routiers dévastateurs ; elle sert de
clocher
aujourd'hui.
L'église se présente
comme un édifice à trois nefs avec un transept et trois
absides. Mais cette
construction du XIe siècle n'est pas d'un seul jet. Dans une
première campagne
fut élevée la nef (4) avec ses bas-côtés
(5). L'oeuvre est remarquable par son
élancement et ses proportions ; d'une
austérité digne avant l'heure des
églises cisterciennes, elle est cependant d'une grande
beauté grâce à la
science des volumes, à la succession des grandes arcades et des
fenêtres
hautes, au contraste des matériaux employés, la pierre
grise pour les murs et
le tuf doré pour la voûte.
Les deux bras
de
transept (6) et les trois absides (7,8,9) sont venus à la fin du
XIe siècle
s'ajouter à l'ensemble des trois nefs et s'y adapter
harmonieusement grâce à
l'habileté des constructeurs. Là encore on a affaire
à une réussite
incontestable. Sous le sanctuaire se trouve une crypte (10) qui
abritait
primitivement le tombeau de saint Guilhem...
C'est peut-être de
l'extérieur (11) que l'on peut le mieux apprécier la
grandeur et l'équilibre
qui se dégagent de cet ensemble roman. L'étagement des
pignons et des toitures
recouvrant les absides semi-circulaires, la succession des frises en
dents
d'engrenage, des arcatures aveugles et des fenêtres
encadrées par des
colonettes surmontées de chapiteaux sculptés sont un
véritable enchantement
pour l'oeil et l'esprit.
II reste
malheureusement peu de choses du décor du cloître (12);
celui-ci a été victime
du vandalisme qui a sévi au début du XIXe siècle.
Ses éléments sculptés se
trouvent dispersés dans toute la région et même
à New York où ils constituent
un des plus beaux fleurons du « musée des Cloisters
». Les deux galeries basses
(13) qui subsistent sont contemporaines de l'église (XIe
siècle) et de même
facture. A la fin du XIIe siècle furent établies des
galeries hautes entièrement
disparues de nos jours ; c'est là que s'épanouissait la
sculpture romane dont
nous avons parlé et dont on peut voir quelques
éléments remarquables au musée
lapidaire installé dans l'ancien réfectoire (14).
Des autres bâtiments
monastiques du Moyen-Age, subsiste à l'ouest le
réfectoire (14) dans son
intégralité : construit entièrement en tuf, il a
été admirablement restauré par
le service des Monuments Historiques pour abriter les collections
lapidaires de
l'abbaye. On peut y admirer tout un ensemble de sculptures souvent
remarquables, allant du IVe au XIVe siècles. Des documents
photographiques y
sont également exposés permettant au visiteur d'avoir une
vision plus exacte de
l'ancienne abbaye.
De la salle
capitulaire (15) au rez-de-chaussée et du dortoir à
l'étage, à l'est, englobés
dans un bâtiment reconstruit au XVIIe siècle il ne reste
pratiquement que le
mur donnant sur le cloître ; la restauration prévue de ce
bâtiment permettra
sans doute de restituer la physionomie exacte de cet ensemble roman.
SAINT-GUILHEM, c'est enfin un paysage admirable fait
de grandeur sauvage
et de couleurs contrastées, c'est un village aux maisons
serrées et imbriquées
les unes dans les autres, aux toits recouverts de tuiles
« romaines »
patinées par le temps ; c'est le silence du
« désert », la pureté du
ciel, la vie proche de la nature, la communion avec Dieu
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