REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE


LES GORGES DE L'HERAULT (34), FEVRIER 2003


Le Pont du Diable SAINT-GUILHEM-LE-DESERT
Saint-Guilhem-Le-Désert
Saint-Etienne d’Issensac


    Ces gorges sont moins prestigieuses que celles du Verdon ou du Tarn, mais elles possèdent un charme particulier, le repos, la tranquillité, l'impression que le temps se suspend quand on remonte le cours de l'Hérault. Visite de quelques sites magnifiques, qui méritent qu'on s'y attarde quelques minutes à quelques heures.

    Deuxième étape du voyage dans les gorges du fleuve qui a donné le nom à ce département à la Révolution française: SAINT-GUILHEM-LE-DESERT. Le village est classé au patrimoine mondial par l'UNESCO en 1998 car sur les chemins de St-Jacques de Compostelle.



Le village avec son château. Une ruelle du village.

Les trois chœurs externes de l’église abbatiale et le village.



Le nef de l’église abbatiale. Le cloître de l’église abbatiale.


PRESENTATION DE L’EGLISE ABBATIALE DE ST-GUILHEM.

SAINT GUILHEM ! Ce nom évoque tout d'abord un personnage qui a donné son nom au monastère de Gellone et au village qui s'est constitué sous sa protection. Guilhem, traduction en langue d'oc de Guillaume, était un petit-fils de Charles Martel, un des preux de Charlemagne. Duc d'Aquitaine et Comte de Toulouse, comme son grand-père il lutta vaillamment contre les Sarrazins d'Espagne, ce qui lui valut plus tard de devenir le héros de tout un cycle de chansons de geste, sous le nom célèbre de Guillaume d'Orange.
            Chrétien à la foi sincère et agissante, il contribua de ses deniers à la fondation du monastère de Gellone dans lequel il voulut achever sa vie. Ayant pris l'habit monastique le 29 juin 806, il mourait le 28 mai 812 en odeur de sainteté.
           Dotée par son fondateur d'une précieuse relique de la Croix du Sauveur, don de l'empereur Charlemagne, riche de la possession des restes de celui qui, illustre dans le monde, vécut comme un saint dans le cloître, la cellule monastique des débuts ne tarda pas à prospérer et à attirer la foule des pèlerins. Lorsque se développa le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle avec ses divers itinéraires, l'abbaye de Gellone devint une étape indiquée sur « la voie toulousaine ».
            L'afflux des pèlerins et des offrandes amena les moines, à partir du milieu du XIe siècle à rebâtir leur monastère sur de plus vastes proportions et selon les nouvelles techniques de l'art roman à ses débuts ; de cette époque date l'admirable église abbatiale.
                La vie de l'abbaye a subi, comme partout, les contre-coups des grands événements nationaux, jusqu'à sa lente agonie au XVIIIe siècle et sa suppression en 1 790 avec la Révolution française.
                De nos jours, Saint-Guilhem, c'est l'admirable monument que le visiteur, parvenu sur la place du village, découvre : la façade ouest de l'abbaye, avec le porche de l'église (1) et le réfectoire des moines (2).
                On entre dans l'église par un narthex (3) édifié dans la deuxième partie du XIIe siècle. Deux portes se font face : la porte extérieure abritée sous un porche roman conçu à la manière d'un arc de triomphe antique, la porte intérieure plus simple à l'entrée de la construction du XIe siècle. Au XVe siècle le narthex a été surmonté d'une tour massive, véritable donjon destiné à la défense de l'abbaye en ce temps de passage des routiers dévastateurs ; elle sert de clocher aujourd'hui.
            L'église se présente comme un édifice à trois nefs avec un transept et trois absides. Mais cette construction du XIe siècle n'est pas d'un seul jet. Dans une première campagne fut élevée la nef (4) avec ses bas-côtés (5). L'oeuvre est remarquable par son élancement et ses propor­tions ; d'une austérité digne avant l'heure des églises cisterciennes, elle est cependant d'une grande beauté grâce à la science des volumes, à la succession des grandes arcades et des fenêtres hautes, au contraste des matériaux employés, la pierre grise pour les murs et le tuf doré pour la voûte.
            Les deux bras de transept (6) et les trois absides (7,8,9) sont venus à la fin du XIe siècle s'ajouter à l'ensemble des trois nefs et s'y adapter harmonieusement grâce à l'habileté des constructeurs. Là encore on a affaire à une réussite incontestable. Sous le sanctuaire se trouve une crypte (10) qui abritait primitivement le tombeau de saint Guilhem...
               C'est peut-être de l'extérieur (11) que l'on peut le mieux apprécier la grandeur et l'équilibre qui se dégagent de cet ensemble roman. L'étagement des pignons et des toitures recouvrant les absides semi-circulaires, la succession des frises en dents d'engrenage, des arcatures aveugles et des fenêtres encadrées par des colonettes surmontées de chapiteaux sculptés sont un véritable enchantement pour l'oeil et l'esprit.
               II reste malheureusement peu de choses du décor du cloître (12); celui-ci a été victime du vandalisme qui a sévi au début du XIXe siècle. Ses éléments sculptés se trouvent dispersés dans toute la région et même à New York où ils constituent un des plus beaux fleurons du « musée des Cloisters ». Les deux galeries basses (13) qui subsistent sont contemporaines de l'église (XIe siècle) et de même facture. A la fin du XIIe siècle furent établies des galeries hautes entièrement disparues de nos jours ; c'est là que s'épanouissait la sculpture romane dont nous avons parlé et dont on peut voir quelques éléments remarquables au musée lapidaire installé dans l'ancien réfectoire (14).
                Des autres bâtiments monastiques du Moyen-Age, subsiste à l'ouest le réfectoire (14) dans son intégralité : construit entièrement en tuf, il a été admirablement restauré par le service des Monuments Historiques pour abriter les collections lapidaires de l'abbaye. On peut y admirer tout un ensemble de sculptures souvent remarquables, allant du IVe au XIVe siècles. Des documents photographiques y sont également exposés permettant au visiteur d'avoir une vision plus exacte de l'ancienne abbaye.
               De la salle capitulaire (15) au rez-de-chaussée et du dortoir à l'étage, à l'est, englobés dans un bâtiment reconstruit au XVIIe siècle il ne reste pratiquement que le mur donnant sur le cloître ; la restauration prévue de ce bâtiment permettra sans doute de restituer la physionomie exacte de cet ensemble roman.

                SAINT-GUILHEM, c'est enfin un paysage admirable fait de grandeur sauvage et de couleurs contrastées, c'est un village aux maisons serrées et imbriquées les unes dans les autres, aux toits recouverts de tuiles « romaines » patinées par le temps ; c'est le silence du « désert », la pureté du ciel, la vie proche de la nature, la communion avec Dieu

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